Livret A à 1,7 % : une hausse trompe-l’œil qui protège mal l’épargne
Le taux du Livret A passera de 1,5 % à 1,7 % le 1er août 2026. Cette hausse rapporte seulement 20 euros supplémentaires par an pour 10 000 euros placés et reste inférieure à l’inflation mesurée en juin.

Le taux du Livret A passera de 1,5 % à 1,7 % le 1er août 2026. Le gouvernement a suivi la proposition de la Banque de France, calculée à partir d’une inflation moyenne hors tabac de 1,52 % et d’un taux monétaire €STR moyen de 1,95 % sur le premier semestre. Présentée comme une bonne nouvelle, cette hausse de 0,2 point reste pourtant très modeste : au rythme actuel des prix, elle ne garantit même pas la préservation complète du pouvoir d’achat de l’épargne.
Une hausse qui rapporte seulement 20 euros de plus pour 10 000 euros
Avec 10 000 euros conservés pendant une année entière, un taux de 1,5 % produit 150 euros d’intérêts. À 1,7 %, le gain atteint 170 euros, soit seulement 20 euros supplémentaires. Pour un Livret A rempli jusqu’au plafond de 22 950 euros, la rémunération théorique atteint environ 390 euros sur douze mois, hors effet des dates de versement et du calcul par quinzaine. Le plafond et les règles de calcul restent inchangés.
La hausse existe donc, mais elle ne transforme pas le placement. Elle rétablit simplement le taux appliqué entre août 2025 et janvier 2026, très loin des 3 % maintenus entre février 2023 et janvier 2025. Le Livret A reste défiscalisé, sans risque de perte en capital et disponible à tout moment. Ces qualités sont réelles, mais elles ne suffisent pas à en faire un placement performant.
Le Livret A est-il inférieur à l’inflation ?
La réponse dépend de l’indicateur comparé. La Banque de France retient la moyenne de l’inflation hors tabac des six derniers mois, soit 1,52 %. Avec cette référence réglementaire, un taux de 1,7 % demeure légèrement supérieur à l’inflation passée.
Mais l’Insee mesure une hausse des prix de 1,8 % sur un an en juin 2026. Comparé à ce chiffre plus récent, le Livret A rémunéré à 1,7 % offre un rendement réel légèrement négatif, proche de –0,1 %. En termes simples, 10 000 euros rapporteraient environ 170 euros sur un an, tandis qu’une inflation de 1,8 % ferait augmenter d’environ 180 euros le prix d’un panier qui coûtait initialement 10 000 euros.
Il serait donc inexact d’affirmer que le Livret A est toujours inférieur à l’inflation. Il est supérieur à la moyenne retenue par la formule, mais inférieur au dernier glissement annuel publié. Surtout, personne ne connaît encore l’inflation qui prévaudra entre août 2026 et juillet 2027. Le rendement réel ne pourra être constaté qu’après coup.
Un bon outil de précaution, un mauvais moteur d’enrichissement
Le principal intérêt du Livret A n’est pas de faire fructifier durablement un patrimoine. Il sert à conserver une épargne de précaution immédiatement accessible : réparation urgente, perte de revenu, facture imprévue ou dépense familiale. La garantie du capital, l’absence d’impôt et la liquidité totale justifient qu’une partie de l’épargne y reste placée.
En revanche, immobiliser pendant des années une somme très supérieure à ses besoins de sécurité expose à une érosion lente du pouvoir d’achat. Même lorsque le taux dépasse légèrement l’inflation, la marge est trop faible pour construire sérieusement un capital. Sur une longue durée, l’absence de risque s’accompagne logiquement d’une faible rémunération.
Le problème est particulièrement visible pour les ménages éligibles au Livret d’épargne populaire. Son taux est maintenu à 2,5 % au 1er août, soit 0,8 point de plus que le Livret A. Les personnes remplissant les conditions de revenus ont donc intérêt à le remplir en priorité avant d’utiliser massivement le Livret A. Plus de 12 millions de personnes détiennent actuellement un LEP.
Une communication plus flatteuse que le gain réel
Le gouvernement insiste sur la hausse du taux, mais l’épargnant doit regarder les euros réellement gagnés et le rendement corrigé de l’inflation. Passer de 1,5 % à 1,7 % améliore légèrement la situation sans changer le diagnostic : le Livret A protège la disponibilité de l’argent beaucoup mieux qu’il ne protège sa valeur à long terme.
Le qualifier de placement inutile serait excessif. Pour une réserve de sécurité, il reste difficile à remplacer. Mais comme instrument d’investissement, son rendement est faible et peut rester inférieur à la hausse des prix. La hausse annoncée est donc une petite correction, pas un cadeau majeur aux épargnants.
Sources
- Ministère de l’Économie et des Finances, annonce officielle des taux applicables au 1er août 2026presse.economie.gouv.fr
- Banque de France, calcul et proposition du nouveau taux du Livret Abanque-france.fr
- Insee, indice des prix à la consommation de juin 2026insee.fr
- Service public, taux du Livret A et du LEP à compter du 1er aoûtservice-public.fr
- Ministère de l’Économie, fonctionnement, plafond et calcul des intérêts du Livret Aeconomie.gouv.fr