La BCE maintient ses taux, le crédit français ne devrait pas se détendre rapidement
La Banque centrale européenne a maintenu son taux de dépôt à 2,25 % après la hausse décidée en juin. L’inflation ralentit, mais le choc énergétique reste assez important pour écarter une baisse rapide des taux et maintenir la pression sur les crédits immobiliers et professionnels.

La Banque centrale européenne a décidé jeudi 23 juillet de maintenir ses trois taux directeurs inchangés. Le taux de la facilité de dépôt, qui sert de référence centrale à la politique monétaire, reste fixé à 2,25 %. Le taux des opérations principales de refinancement demeure à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %.
Cette pause intervient après la hausse de 0,25 point décidée en juin face au choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient. La BCE estime que l’inflation ralentit, mais que les effets complets de l’augmentation des prix de l’énergie ne se sont pas encore transmis à l’alimentation, aux biens, aux services et aux salaires. Elle ne promet donc ni nouvelle hausse ni baisse prochaine.
Une inflation en baisse mais toujours supérieure à l’objectif
L’inflation annuelle de la zone euro est revenue à 2,8 % en juin, après 3,2 % en mai. L’inflation hors énergie et alimentation a également ralenti. Malgré cette amélioration, la hausse des prix reste supérieure à l’objectif de 2 % fixé par la BCE.
La banque centrale estime que l’augmentation de l’énergie pourrait maintenir l’inflation nettement au-dessus de sa cible jusqu’au premier semestre 2027. Les entreprises européennes signalent déjà une hausse du coût de certains intrants et prévoient, pour une partie d’entre elles, de relever leurs prix de vente.
La France se trouve dans une situation plus favorable que la moyenne. En juin, les prix à la consommation ont augmenté de 1,8 % sur un an selon l’indice national et de 2 % selon l’indice harmonisé européen. L’énergie restait toutefois 11 % plus chère qu’un an auparavant, malgré un net ralentissement par rapport au mois de mai.
Cette différence rappelle une limite structurelle de la zone euro. La BCE fixe un taux unique pour des économies dont les niveaux d’inflation, les finances publiques et les besoins de crédit diffèrent. Une politique adaptée à l’ensemble de la zone peut donc paraître restrictive pour un pays où l’inflation est déjà revenue autour de la cible.
Pas de baisse automatique pour les crédits immobiliers
Pour les ménages français, le maintien des taux évite un nouveau durcissement immédiat. Il ne signifie cependant pas que les banques vont diminuer rapidement leurs barèmes immobiliers. En mai, le taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat hors renégociations s’établissait à 3,21 %, hors assurance et frais, contre 3,22 % en avril.
La production mensuelle de nouveaux prêts immobiliers hors renégociations a légèrement reculé, de 12 milliards d’euros en avril à 11,4 milliards en mai. La quasi-totalité des emprunts français restent accordés à taux fixe, ce qui protège les propriétaires déjà endettés contre une hausse immédiate de leurs mensualités.
Les nouveaux acheteurs restent en revanche directement exposés au coût du financement. Une différence de quelques dixièmes de point peut réduire la somme qu’un ménage est autorisé à emprunter ou augmenter sensiblement le coût total sur vingt ou vingt-cinq ans. Le maintien du taux de la BCE stabilise la situation, mais ne recrée pas les conditions de crédit très favorables observées avant 2022.
À l’échelle de la zone euro, le taux moyen des nouveaux prêts immobiliers avait atteint 3,5 % en mai, contre 3,4 % en avril. Les banques avaient parallèlement resserré leurs critères d’octroi, tandis que la demande de prêts diminuait sous l’effet de taux plus élevés et d’une confiance des consommateurs dégradée.
Les entreprises françaises restent mieux financées que l’industrie ne le laisse croire
Le coût moyen des nouveaux crédits bancaires aux entreprises françaises s’élevait à 3,54 % en mai, en léger recul par rapport à avril. Pour les petites et moyennes entreprises, il atteignait 3,53 %, contre 3,23 % pour les grandes entreprises.
Les encours de crédits bancaires aux sociétés non financières progressaient de 3,9 % sur un an. Cette hausse ne profitait cependant pas uniformément à l’économie productive. Les crédits augmentaient dans les services, l’immobilier et les transports, mais reculaient encore dans l’industrie manufacturière.
Le problème français ne se limite donc pas à la disponibilité générale du crédit. Il concerne aussi la destination des capitaux, la rentabilité des investissements industriels, le coût de l’énergie, la fiscalité et la stabilité réglementaire. Des taux plus bas peuvent soutenir l’activité, mais ils ne remplacent pas un environnement favorable à la production.
Une pause qui laisse ouverte une nouvelle hausse
La BCE insiste sur le caractère provisoire de sa décision. Elle surveillera la durée du choc énergétique, sa transmission aux prix et aux salaires, ainsi que les conditions de financement. Les marchés anticipent encore la possibilité de nouvelles hausses avant la fin de l’année, même si aucune trajectoire n’a été officiellement annoncée.
Une hausse supplémentaire pèserait sur les nouveaux emprunteurs et sur les entreprises qui doivent renouveler leurs financements. Une baisse prématurée risquerait, à l’inverse, de relancer l’inflation si l’énergie restait durablement chère. La BCE choisit donc d’attendre, au risque de maintenir une politique trop restrictive pour certains pays et trop souple pour d’autres.
Pour les Français, la décision apporte surtout de la stabilité, pas un soulagement. Les taux immobiliers ne devraient pas s’envoler immédiatement, mais aucune baisse importante ne peut être considérée comme acquise. La véritable amélioration dépendra désormais du recul durable de l’inflation énergétique et de la capacité des banques à assouplir leurs conditions sans dégrader la qualité des crédits.
Sources
- Banque centrale européenne — Décisions de politique monétaire — 23 juillet 2026 — ecb.europa.eu
- Banque centrale européenne — Déclaration de politique monétaire — 23 juillet 2026 — ecb.europa.eu
- Eurostat — Inflation annuelle en baisse à 2,8 % dans la zone euro — 17 juillet 2026 — ec.europa.eu
- Insee — En juin 2026, les prix à la consommation augmentent de 1,8 % sur un an — 10 juillet 2026 — insee.fr
- Banque de France — Crédits aux particuliers en mai 2026 — 8 juillet 2026 — banque-france.fr
- Banque de France — Financement des entreprises en mai 2026 — 9 juillet 2026 — banque-france.fr
- Reuters — La BCE maintient ses taux et laisse ouverte la possibilité de nouvelles hausses — 23 juillet 2026 — reuters.com