Dénatalité, les périphéries des grandes villes résistent mieux que leurs centres
Une étude de l’Insee diffusée le 23 juillet montre que les périphéries des grandes villes résistent mieux à la baisse des naissances que les centres urbains. Cette différence territoriale n’empêche pas un recul national historique, avec 643 905 naissances en 2025, soit 24 % de moins qu’en 2010.

Une étude de l’Insee diffusée jeudi 23 juillet montre que la baisse des naissances observée depuis 2010 est moins prononcée dans les périphéries des grandes villes que dans leurs centres. Le phénomène prolonge une différence déjà connue entre les communes centrales, où la fécondité est plus faible, et les couronnes urbaines, qui accueillent davantage de couples au moment où ils fondent ou agrandissent leur famille.
Cette résistance relative ne constitue pas un retournement démographique. En 2025, 643 905 bébés sont nés en France, soit 2,3 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. Le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans ne diminuant presque plus, l’Insee attribue désormais l’essentiel du recul à une baisse de la fécondité elle-même.
Les familles quittent plus souvent les centres urbains
La fécondité est généralement plus faible dans les communes-centres des grandes agglomérations que dans leurs banlieues et leurs couronnes. L’Insee expliquait déjà ce décalage par les déplacements résidentiels des couples qui recherchent un logement plus grand et moins coûteux lorsqu’ils souhaitent avoir un enfant supplémentaire.
Cette mobilité modifie mécaniquement la carte des naissances. Une ville-centre peut perdre des familles avant la naissance de leur deuxième enfant, tandis qu’une commune périphérique les accueille au même moment. La différence ne traduit donc pas seulement des comportements familiaux différents. Elle reflète aussi le prix du logement, la taille des habitations et la répartition des couples selon leur âge.
Le phénomène est particulièrement visible autour des grandes métropoles, où l’écart de prix entre le centre et la périphérie est important. À l’inverse, les différences sont moins marquées dans les petites aires urbaines. Cette géographie montre que la natalité ne peut pas être analysée uniquement à l’échelle nationale ou régionale.
Les maternités sont plus tardives dans les métropoles
Les femmes deviennent également mères plus tard dans les départements qui abritent les principales métropoles. En 2025, l’âge moyen à l’accouchement atteignait 34 ans à Paris, contre environ 29 ans en Guyane, à Mayotte et dans les Ardennes. L’Insee relie notamment cette différence à des études plus longues et au report des projets familiaux.
Retarder une naissance ne signifie pas nécessairement renoncer à avoir des enfants. Pour les générations plus anciennes, la baisse du nombre d’enfants à 30 ans était souvent compensée dans les années suivantes. Cette compensation paraît toutefois devenir moins complète pour les femmes nées après 1985.
Selon le scénario central des dernières projections de l’Insee, les femmes nées en 1995 auraient en moyenne 1,74 enfant au terme de leur vie féconde, contre plus de deux enfants pour les générations nées dans les années 1970. Une partie du recul actuel semble donc durable et ne relève plus seulement d’un simple décalage du calendrier des naissances.
Une baisse qui touche presque tous les territoires
En 2025, les naissances ont diminué dans toutes les régions, sauf dans les Pays de la Loire et à La Réunion où elles sont restées stables, ainsi qu’en Martinique et à Mayotte où elles ont légèrement augmenté. Depuis 2014, le recul atteint 28 % en Bourgogne-Franche-Comté, dans les Hauts-de-France et dans le Grand Est, contre 19 % en Île-de-France, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans les Pays de la Loire.
Le taux de natalité reste élevé dans plusieurs départements franciliens, dans le Rhône, les Bouches-du-Rhône, la Haute-Savoie, la Loire-Atlantique et le Nord. La Creuse affiche à l’inverse le taux le plus faible, avec 6,1 naissances pour 1 000 habitants. Ces écarts dépendent à la fois de la fécondité et de la proportion de jeunes adultes présents sur le territoire.
Une commune âgée peut enregistrer peu de naissances même si les femmes qui y vivent ont autant d’enfants qu’ailleurs. À l’inverse, un territoire jeune peut conserver un nombre important de nouveau-nés malgré une diminution du nombre moyen d’enfants par femme. Il faut donc distinguer le nombre de naissances, le taux de natalité et l’indicateur de fécondité.
Le logement devient une question de politique familiale
La géographie publiée par l’Insee rappelle qu’une politique familiale ne peut pas se limiter aux prestations financières. Le coût et la taille des logements, l’accès aux crèches, les horaires de travail, les transports, la stabilité professionnelle et la proximité des écoles influencent les conditions dans lesquelles les couples réalisent leurs projets.
Construire davantage de logements familiaux là où la demande est forte peut réduire le départ contraint des ménages. Dans les périphéries, cette construction doit être accompagnée de transports et de services publics suffisants. Une maison plus accessible perd une partie de son intérêt si elle impose des heures de trajet ou si les familles ne trouvent ni médecin ni mode de garde.
Les politiques publiques doivent également rester stables. Les couples prennent des décisions sur plusieurs années, alors que les règles fiscales, les aides et les conditions d’accueil des jeunes enfants sont régulièrement modifiées. Une politique familiale crédible doit donner de la visibilité plutôt qu’alterner annonces nationales et restrictions budgétaires.
L’immigration ne remplace pas une politique de natalité
Le solde naturel français, différence entre les naissances et les décès, est devenu négatif en 2025 pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La population continue d’augmenter grâce au solde migratoire, estimé provisoirement à 176 000 personnes cette année-là.
L’immigration peut donc ralentir la baisse de la population et répondre à certains besoins de main-d’œuvre. Elle ne remplace cependant pas une politique permettant aux familles déjà présentes de réaliser le nombre d’enfants qu’elles souhaitent. Les deux questions produisent des effets différents sur l’intégration, le logement, l’école et la cohésion nationale.
Dans le scénario central de l’Insee, la population française culminerait à 69,8 millions d’habitants en 2037, avant de diminuer jusqu’à 65,9 millions en 2070. Le nombre de personnes âgées de 65 ans ou plus progresserait fortement, tandis que celui des moins de 45 ans reculerait de 8,9 millions.
La résistance des périphéries constitue donc un enseignement utile, mais pas une solution suffisante. La dénatalité française ne pourra pas être traitée sans une politique cohérente du logement, du travail, de la famille et de la transmission. L’objectif ne doit pas être de dicter des choix privés, mais de supprimer les obstacles qui conduisent des couples à renoncer ou à reporter durablement un projet familial.
Sources
- Insee — Fécondité à une échelle territoriale fine — publication programmée le 23 juillet 2026 — insee.fr
- Insee — Baisse des naissances depuis 2010, les périphéries des grandes villes résistent mieux — 23 juillet 2026 — insee.fr
- Insee — Les naissances en 2025, poursuite de la baisse des naissances — 6 juillet 2026 — insee.fr
- Insee — Naissances, fécondité et territoires — données consultées le 23 juillet 2026 — insee.fr
- Insee — Bilan démographique 2025 — 13 janvier 2026 — insee.fr
- Insee — Projections de population à l’horizon 2070 — 8 juin 2026 — insee.fr
- Institut national d’études démographiques — L’évolution démographique récente de la France 2025 — décembre 2025 — ined.fr
- Reuters — La population française devrait commencer à diminuer après 2037 — 8 juin 2026 — reuters.com