Menaces contre le maire d’Alès, le nouveau parquet anticriminalité entre dans le concret
Le Parquet national anticriminalité organisée a repris l’enquête sur les menaces ayant conduit à l’exfiltration du maire d’Alès. Sa procureure Vanessa Perrée a détaillé le 24 juillet une stratégie fondée sur la coordination nationale, le suivi complet des dossiers et la confiscation de l’argent criminel.

Le Parquet national anticriminalité organisée, appelé Pnaco, a repris cette semaine l’enquête sur les menaces visant Christophe Rivenq, maire d’Alès. L’élu avait reçu deux munitions de calibre 9 millimètres et découvert des inscriptions menaçantes à son domicile, avant d’être exfiltré par le RAID dans la nuit du 20 au 21 juillet après une nouvelle alerte jugée crédible.
La nouvelle information publiée vendredi 24 juillet concerne la doctrine du parquet chargé de cette affaire. Sa procureure Vanessa Perrée affirme que le Pnaco suivra les dossiers les plus graves de l’enquête jusqu’à l’exécution des peines, tout en coordonnant les magistrats, policiers, gendarmes, douaniers, services de renseignement et personnels pénitentiaires. La priorité affichée est également financière, avec la recherche systématique des profits, des investissements et des biens appartenant aux organisations criminelles.
Une affaire dont les auteurs restent à identifier
Les premières menaces ont été découvertes le 16 juillet. Des inscriptions se réclamant de la DZ Mafia avaient été tracées près du domicile de Christophe Rivenq et deux munitions lui avaient été adressées. Une nouvelle menace a ensuite conduit le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à renforcer sa protection et à ordonner son évacuation nocturne.
L’implication réelle de la DZ Mafia n’est cependant pas établie. Une vidéo diffusée le 23 juillet et attribuée à un représentant du groupe criminel dément toute responsabilité. Son authenticité, l’identité de la personne filmée et la sincérité du message doivent encore être vérifiées par les enquêteurs. Le nom de l’organisation peut aussi être utilisé par des individus cherchant à profiter de sa réputation violente.
Cette incertitude impose de distinguer les faits constatés de leur revendication. Le maire a bien été menacé et placé sous une protection renforcée. En revanche, aucun auteur n’avait été identifié publiquement au moment de cette rédaction et aucune responsabilité pénale ne peut encore être attribuée.
Un parquet national autonome depuis janvier
Le Pnaco n’a pas été créé cette semaine. Il est entré en fonction le 5 janvier 2026, en application de la loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic. Il constitue le troisième parquet national spécialisé, après le Parquet national financier et le Parquet national antiterroriste.
Installé au tribunal judiciaire de Paris, il dispose d’une compétence nationale concurrente pour les affaires de criminalité organisée d’une très grande complexité. Il peut intervenir lorsque les faits sont particulièrement graves, concernent de nombreux auteurs ou victimes, s’étendent sur plusieurs territoires ou présentent une dimension internationale et financière importante.
Le parquet comptait 16 magistrats en mars 2026 et doit encore monter en puissance. Son organisation comprend des pôles consacrés à la criminalité organisée, aux affaires financières, à l’exécution des peines ainsi qu’à la coordination et au renseignement. Des officiers de liaison issus de plusieurs administrations sont intégrés à son fonctionnement.
Coordonner sans affaiblir les juridictions locales
Le Pnaco ne doit pas reprendre toutes les affaires de stupéfiants ouvertes en France. Les juridictions interrégionales spécialisées, les JIRS, conservent les dossiers complexes ancrés dans leurs territoires. Le parquet national se concentre sur le sommet des organisations et sur les procédures dépassant les capacités ou le ressort d’une seule juridiction.
Avant un dessaisissement, le Pnaco doit échanger avec la JIRS concernée afin de rechercher un accord sur le niveau de traitement le plus adapté. La loi permet aussi une cosaisine, grâce à laquelle le parquet national et une juridiction régionale construisent ensemble une stratégie d’enquête.
Cette organisation peut éviter que plusieurs services enquêtent séparément sur les mêmes personnes, les mêmes sociétés ou les mêmes flux financiers. Elle comporte néanmoins un risque de lourdeur supplémentaire si les compétences se chevauchent ou si les échanges deviennent trop administratifs. La coordination devra donc accélérer les enquêtes plutôt que multiplier les réunions et les transmissions.
Frapper l’argent plutôt que remplacer les exécutants
Vanessa Perrée place les saisies et les confiscations au cœur de la stratégie. Selon elle, l’arrestation d’un vendeur ou d’un chauffeur ne démantèle pas une organisation si son capital, ses circuits de blanchiment et ses investissements restent intacts. Chaque procédure importante doit donc être examinée sous l’angle économique et patrimonial.
Cette priorité correspond à la taille du marché. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives estime que les drogues illicites ont généré 6,8 milliards d’euros en France métropolitaine en 2023, contre 2,3 milliards en 2010. La cocaïne représentait environ 3,1 milliards d’euros et dépassait désormais le cannabis, estimé à 2,7 milliards.
Le ministère de l’Intérieur recensait par ailleurs une hausse de 9 % des infractions enregistrées pour trafic de stupéfiants en 2025. Ces statistiques dépendent en partie de l’activité des services et ne mesurent pas directement l’ensemble du marché, mais elles confirment une pression durable sur le territoire.
Protéger les élus sans transformer l’exception en communication
La menace visant un maire constitue un défi direct à l’autorité publique. Un élu ne doit pas être contraint d’abandonner son domicile parce qu’il soutient la fermeture de points de deal ou le renforcement des contrôles. La protection immédiate était donc indispensable.
L’affaire d’Alès ne permettra toutefois pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité du nouveau parquet. Le Pnaco devra être évalué sur des résultats durables, le nombre de réseaux démantelés, les avoirs définitivement confisqués, les procédures jugées sans délais excessifs et la capacité à empêcher les organisations de se reconstituer.
L’autorité de l’État exige aussi des procédures solides. Une enquête mal coordonnée, une preuve irrégulière ou une détention injustifiée affaiblit la réponse pénale et peut conduire à l’annulation d’actes essentiels. La fermeté n’est donc pas opposée aux garanties judiciaires. Elle suppose au contraire des dossiers capables de résister au débat contradictoire et au contrôle des juges.
Le Pnaco dispose désormais des compétences et d’une première affaire hautement symbolique. Son véritable changement d’échelle sera démontré lorsqu’il parviendra à protéger les représentants publics, identifier les dirigeants criminels et retirer durablement aux réseaux leur argent, leurs relais et leur capacité d’intimidation.
Sources
- Gouvernement français — Narcotrafic, la création du Pnaco est un changement d’échelle — 24 juillet 2026 — info.gouv.fr
- Légifrance — Loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic — 13 juin 2025 — legifrance.gouv.fr
- Assemblée nationale — Réponse sur la coordination entre le Pnaco et les juridictions régionales — 26 mai 2026 — assemblee-nationale.fr
- Observatoire français des drogues et des tendances addictives — Taille des marchés des drogues illicites en France — 8 décembre 2025 — ofdt.fr
- Ministère de l’Intérieur — Insécurité et délinquance en 2025, bilan statistique — 9 juillet 2026 — interieur.gouv.fr
- Agence France-Presse — Menacé par la DZ Mafia, le maire d’Alès exfiltré de son domicile — 21 juillet 2026 — afp.com
- Reuters — Le maire d’Alès placé sous protection après des menaces liées au narcotrafic — 21 juillet 2026 — reuters.com
- Le Monde — Une vidéo de démenti attribuée à la DZ Mafia brouille les pistes — 23 juillet 2026, mise à jour le 24 juillet 2026 — lemonde.fr