Media90
ActualitésÉconomie

Travaux publics, les commandes tombent au plus bas depuis 2016

Les entrepreneurs de travaux publics jugent leurs carnets de commandes au plus bas depuis avril 2016, y compris par rapport à la période sanitaire. Les données d’activité confirment la contraction, avec des marchés conclus en baisse de 21,4 % sur les cinq premiers mois de 2026 et des perspectives d’emploi nettement dégradées.

Publié le 25 juillet 20265 min de lectureMedia90
Illustration de l'article : Travaux publics, les commandes tombent au plus bas depuis 2016

Les carnets de commandes des entreprises françaises de travaux publics sont tombés en juillet à leur niveau le plus faible depuis avril 2016, y compris par rapport à la crise sanitaire. L’enquête publiée le 24 juillet par l’Insee montre une nouvelle dégradation de l’activité passée, des perspectives pour les trois prochains mois et des intentions d’embauche.

Cette enquête d’opinion est confirmée par les données d’activité de la Fédération nationale des travaux publics. Entre janvier et mai 2026, les travaux réalisés ont reculé de 7,1 % en euros constants et les marchés conclus de 21,4 % sur un an. Les effectifs ouvriers ont diminué de 2,4 %, tandis que les heures d’intérim se sont effondrées de 18,2 %.

Une dégradation qui touche les commandes publiques et privées

L’indicateur de l’Insee ne mesure pas directement un volume de travaux. Il s’agit d’un solde d’opinion, soit la différence entre la part des entrepreneurs signalant une amélioration et celle constatant une dégradation. Plus il est négatif, plus le pessimisme domine.

En juillet, le solde concernant les carnets de commandes atteint moins 49, contre une moyenne historique de moins 24. Pour la clientèle publique, il tombe à moins 60, contre une moyenne de moins 30. La clientèle privée résiste un peu mieux, mais son solde recule également à moins 40. Les réponses ont été recueillies entre le 25 juin et le 20 juillet.

L’activité passée liée aux clients publics se dégrade plus fortement que celle provenant du privé. Les entreprises anticipent aussi une nouvelle baisse au cours des trois prochains mois. Le phénomène ne se limite donc pas à quelques marchés retardés par une collectivité ou à une seule région.

Le cycle municipal explique une partie du trou d’air

Les travaux publics dépendent fortement des communes, intercommunalités, départements et régions. Après le renouvellement municipal, les nouvelles équipes doivent installer leurs exécutifs, voter leurs priorités et préparer les appels d’offres. Cette transition produit traditionnellement un creux dans la commande locale.

La FNTP estime toutefois que le ralentissement de 2026 est plus précoce et plus marqué que lors des précédentes années municipales. L’Insee prévoit que les travaux publics continueront de reculer pendant que les nouveaux exécutifs locaux préparent leurs projets. L’investissement public total diminuerait de 0,2 % en 2026, après une hausse de 2,7 % en 2025, malgré la progression des équipements militaires.

La situation ne peut donc pas être attribuée uniquement au calendrier électoral. Les contraintes budgétaires, l’incertitude économique, le coût du financement et la hausse de certains intrants pèsent également sur les décisions.

Les coûts montent alors que la demande recule

Les entreprises subissent un effet de ciseaux. La FNTP mesure une progression de 2,6 % des coûts de production entre les quatre premiers mois de 2025 et ceux de 2026. Dans le même temps, les marchés conclus chutent et la concurrence devient plus forte pour les contrats encore disponibles.

L’Insee indique que 56 % des entreprises déclarent être limitées par une demande insuffisante, contre une moyenne historique de 37 %. Les difficultés liées au manque de personnel diminuent à 20 %, signe que le problème principal n’est plus de trouver des ouvriers mais de remplir les carnets. Les conditions climatiques défavorables sont citées par 33 % des entreprises, un niveau inédit depuis avril 2018.

Les délais de paiement se dégradent également. Le solde d’opinion correspondant atteint 33, nettement au-dessus de sa moyenne de long terme. Une entreprise peut disposer d’un marché rentable sur le papier et rencontrer malgré tout des difficultés de trésorerie si les factures publiques ou privées sont réglées tardivement.

L’emploi commence à servir de variable d’ajustement

Les premières réductions concernent surtout l’intérim et les heures travaillées, qui réagissent plus vite que les contrats permanents. Entre janvier et mai, les heures des ouvriers permanents ont diminué de 3,5 % et celles des intérimaires de 18,2 %. Le nombre d’ouvriers employés a reculé de 2,4 %.

L’enquête de juillet montre que les perspectives d’effectifs se détériorent encore. Le solde tombe à moins 19, contre une moyenne historique de moins 11. Cette évolution ne permet pas de prévoir exactement le nombre de suppressions de postes, mais elle confirme que les dirigeants envisagent davantage de réductions que de recrutements.

Une perte prolongée de compétences poserait un problème lorsque la commande repartira. Les métiers du terrassement, des réseaux, des ouvrages d’art et de la conduite d’engins demandent de l’expérience. Licencier rapidement puis recruter dans l’urgence produit souvent des coûts supplémentaires et des retards.

Entretenir avant de construire davantage

Relancer tous les projets pour soutenir artificiellement le secteur serait une mauvaise réponse. Les finances publiques françaises ne permettent pas de financer sans sélection des équipements de prestige, des aménagements peu utilisés ou des chantiers dont le coût futur d’entretien n’a pas été évalué.

La priorité doit aller aux infrastructures essentielles déjà existantes, routes dégradées, ponts, réseaux d’eau potable, assainissement, protections contre les inondations et transports du quotidien. Reporter ces travaux peut donner l’apparence d’une économie immédiate, mais augmente souvent la facture lorsque les équipements se détériorent davantage.

Les collectivités disposent encore de marges très différentes. Au 31 mai, leurs recettes réelles de fonctionnement progressaient de 5,4 % sur un an et leurs dépenses de fonctionnement de 1,3 %, mais la Direction générale des finances publiques appelle à interpréter ces données précoces avec prudence. Les départements restent notamment plus fragiles que de nombreuses communes.

La réponse doit donc être locale et hiérarchisée. Les nouvelles équipes municipales doivent rapidement identifier les chantiers indispensables, publier un calendrier crédible et éviter les retards de paiement. L’État doit stabiliser les règles et ne pas demander simultanément aux collectivités de réduire brutalement leurs dépenses tout en leur reprochant de différer leurs investissements.

La chute des commandes publiée le 24 juillet constitue un signal d’alerte, pas une justification pour dépenser sans contrôle. L’enjeu consiste à protéger l’entretien du patrimoine public, l’emploi qualifié et la sécurité des usagers, tout en supprimant les projets secondaires et les procédures inutilement longues.

Sources

  • Insee — En juillet 2026, le climat conjoncturel dans les travaux publics continue de se dégrader nettement — 24 juillet 2026 — insee.fr
  • Insee — Enquête trimestrielle de conjoncture dans les travaux publics, méthodologie — 24 juillet 2026 — insee.fr
  • Fédération nationale des travaux publics — Bulletin mensuel de conjoncture, les indicateurs passent au rouge — 6 juillet 2026 — fntp.fr
  • Insee — Note de conjoncture, l’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup — 17 juin 2026 — insee.fr
  • Direction générale des finances publiques — Situation mensuelle comptable des collectivités locales au 31 mai 2026 — 2 juillet 2026 — collectivites-locales.gouv.fr
  • Cour des comptes — Les finances publiques locales 2025, fascicule 1 — 27 juin 2025 — ccomptes.fr

Articles similaires

Accueil