Droits de douane américains, les exportateurs français restent sous pression
Les États-Unis ont remplacé le 24 juillet leur surtaxe mondiale temporaire par de nouveaux droits fondés sur la lutte contre le travail forcé. Pour de nombreux produits européens, la taxation totale sera portée à 10 %, avec plusieurs exemptions, mais les exportateurs français restent confrontés à une forte incertitude commerciale.

Les États-Unis ont appliqué vendredi 24 juillet un nouveau régime de droits de douane visant les importations provenant de soixante partenaires commerciaux, dont l’Union européenne. Washington justifie cette mesure par l’insuffisance supposée des dispositifs étrangers empêchant l’entrée de produits fabriqués grâce au travail forcé.
Pour les marchandises européennes concernées, le droit américain est calculé afin que la somme du tarif ordinaire et de la nouvelle surtaxe atteigne généralement 10 %. Lorsque le tarif ordinaire est déjà égal ou supérieur à ce niveau, aucun droit supplémentaire relevant de cette procédure n’est appliqué. Des exemptions existent également pour certains produits, tandis que les biens déjà soumis à des taxes sectorielles américaines suivent d’autres règles.
Une nouvelle base juridique plutôt qu’un choc tarifaire entièrement nouveau
La mesure remplace la surtaxe mondiale temporaire de 10 % qui arrivait à expiration le 24 juillet. Cette précédente taxe avait été instaurée pour une durée limitée après l’annulation par la Cour suprême américaine d’une partie des droits douaniers décidés sous un autre fondement juridique.
Le changement concerne donc principalement la justification et la solidité juridique du dispositif. Pour de nombreux produits français, le niveau de taxation ne bondit pas soudainement. La pression douanière devient en revanche plus durable, car Washington utilise désormais la section 301 du droit commercial américain, qui permet de répondre à des pratiques étrangères considérées comme déloyales.
Les produits déjà concernés par des mesures américaines sur l’acier, l’aluminium, certains équipements, les automobiles ou d’autres secteurs ne cumulent pas nécessairement toutes les surtaxes. Les entreprises doivent donc vérifier le classement douanier de chaque marchandise et les exemptions prévues, plutôt que d’appliquer automatiquement un taux unique à toutes leurs exportations.
Washington accuse l’Europe de ne pas agir assez vite
L’Union européenne a adopté un règlement interdisant la vente et l’exportation de produits issus du travail forcé. Ce dispositif entrera pleinement en application le 14 décembre 2027 et concernera tous les produits, quelle que soit leur origine.
L’administration américaine estime que l’interdiction européenne n’est pas encore effectivement appliquée et qu’elle ne contient pas certains mécanismes jugés indispensables par Washington. Elle considère donc que les producteurs américains restent exposés à une concurrence provenant de chaînes d’approvisionnement liées au travail forcé.
L’Union européenne conteste cette accusation. Kaja Kallas a jugé le motif américain infondé au regard des normes sociales européennes. La Commission a toutefois accueilli le résultat avec prudence, estimant que les taux appliqués restent compatibles avec les engagements tarifaires conclus entre Bruxelles et Washington en 2025.
Cette différence de ton montre l’embarras européen. Bruxelles refuse le raisonnement américain, mais cherche à éviter une nouvelle escalade commerciale alors que les entreprises ont besoin de stabilité.
Les exportations françaises avaient déjà commencé à reculer
Les États-Unis constituent un marché majeur pour les entreprises françaises. Selon les données douanières françaises, la France y a exporté environ 48,3 milliards d’euros de biens en 2025. Sur les douze mois allant de juin 2025 à mai 2026, les exportations ont représenté un peu plus de 47 milliards d’euros.
Les premiers effets des droits instaurés en 2025 étaient déjà visibles avant la nouvelle décision. Au premier trimestre 2026, les exportations françaises vers les États-Unis ont baissé de 5 % sur un an. Le recul atteignait 24 % pour les boissons, 21 % pour les machines et équipements d’usage général, 20 % pour les parfums et cosmétiques, 22 % pour le cuir, les bagages et les chaussures, et 18 % pour l’habillement.
L’aéronautique faisait exception, avec une progression de 16 % sur la même période après l’exemption accordée aux avions et à leurs pièces. Cette évolution confirme que l’impact dépend fortement des produits couverts et des exemptions négociées.
En 2025, les producteurs français de vins, spiritueux et cosmétiques avaient également réduit leurs prix à l’exportation vers le marché américain afin d’absorber une partie des droits. Cette stratégie protège temporairement les volumes vendus, mais réduit les marges des entreprises et des producteurs.
Les petites entreprises sont particulièrement vulnérables
Près de 14 700 entreprises françaises exportaient vers les États-Unis en 2024. Environ 2 000 réalisaient plus de 10 % de leur chiffre d’affaires sur ce marché, ce qui les rend particulièrement sensibles aux variations de droits, de change et de demande américaine.
Les grands groupes peuvent répartir leur production entre plusieurs pays, négocier avec leurs distributeurs ou absorber temporairement une partie des coûts. Une petite maison de cognac, un fabricant de machines spécialisé ou une entreprise de cosmétique dispose de marges de manœuvre plus limitées.
La douane française a observé une hausse du nombre de petits opérateurs exportant vers les États-Unis à la fin de 2025 et au début de 2026. Cette dynamique montre que le marché reste attractif, mais elle expose aussi davantage de petites structures aux changements rapides de politique commerciale américaine.
Le risque principal reste l’instabilité
Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a estimé que les nouvelles mesures américaines ajoutaient de l’incertitude au commerce mondial et n’étaient pas favorables à la croissance. Il a cependant rappelé que l’accord conclu entre l’Union européenne et les États-Unis devrait limiter le changement immédiat pour les produits européens.
La lutte contre le travail forcé constitue un objectif légitime. Elle gagne en crédibilité lorsqu’elle repose sur des contrôles ciblés, la traçabilité des chaînes d’approvisionnement et l’exclusion des entreprises effectivement impliquées. Une taxation générale de partenaires commerciaux entiers risque au contraire de transformer une exigence morale en instrument protectionniste.
Pour la France, la priorité doit être de défendre les exemptions utiles, d’accompagner les entreprises les plus exposées et de diversifier les débouchés commerciaux. Les aides temporaires ne remplaceront jamais la compétitivité, mais les producteurs français ne peuvent pas investir sereinement lorsque les règles changent tous les quelques mois.
Sources
- Maison-Blanche — Mesures prises dans les enquêtes commerciales relatives au travail forcé — 23 juillet 2026 — whitehouse.gov
- Représentant américain au commerce — Action finale dans les enquêtes sur le travail forcé — 23 juillet 2026 — ustr.gov
- Commission européenne — Règlement européen interdisant les produits issus du travail forcé — consultation du 24 juillet 2026 — ec.europa.eu
- Direction générale du Trésor — Échanges commerciaux entre la France et les États-Unis en 2025 — 10 juillet 2026 — tresor.economie.gouv.fr
- Direction générale des douanes — Effets des droits américains sur les exportations françaises au premier trimestre 2026 — 7 mai 2026 — douane.gouv.fr
- Direction générale des douanes — Résultats du commerce extérieur français en 2025 — 9 février 2026 — douane.gouv.fr
- Reuters — Les États-Unis imposent de nouveaux droits à leurs partenaires commerciaux — 24 juillet 2026 — reuters.com
- Reuters — La Commission européenne accueille prudemment le nouveau dispositif américain — 24 juillet 2026 — reuters.com