Incendies dans le Sud-Ouest, plus de 63 000 personnes évacuées et l’Europe appelée en renfort
Plus de 63 000 personnes sont concernées par les évacuations ordonnées au Cap-Ferret, à Biscarrosse et à Parentis-en-Born. Face à deux incendies ayant déjà parcouru au moins 12 500 hectares, la France a demandé des avions et des hélicoptères supplémentaires par l’intermédiaire de l’Union européenne.

Les autorités ont ordonné vendredi 24 juillet l’évacuation complète de la presqu’île du Cap-Ferret, menacée par le plus important incendie de la saison. Environ 40 000 habitants et vacanciers étaient concernés par des départs organisés par la route et par la mer. Le feu avait déjà parcouru plus de 10 000 hectares selon le ministre de l’Intérieur.
À une quarantaine de kilomètres plus au sud, l’incendie déclaré jeudi après-midi à Biscarrosse avait parcouru plus de 2 500 hectares vendredi à 7 h. Il n’était pas maîtrisé et progressait sous l’effet du vent. Plus de 23 000 personnes avaient été évacuées à Biscarrosse et Parentis-en-Born, notamment des habitants, des vacanciers, les résidents d’un EHPAD et les enfants d’une colonie de vacances.
Une évacuation de masse en pleine saison touristique
Le nombre total de personnes concernées dépasse 63 000 pour les seuls secteurs du Cap-Ferret, de Biscarrosse et de Parentis-en-Born. Les opérations sont rendues plus complexes par la concentration estivale de population, les campings, les résidences secondaires et le nombre limité d’axes routiers permettant de quitter le littoral.
Au Cap-Ferret, les évacuations ont été organisées village par village. Des embarcadères ont été mobilisés afin de permettre des départs par bateau, tandis que la route reliant la presqu’île au continent restait utilisée lorsque les conditions le permettaient.
La Gironde disposait déjà d’un plan spécifique d’évacuation maritime élaboré après les incendies de 2022. Ce dispositif prévoit la mobilisation de navires de transport de passagers et permet théoriquement d’évacuer immédiatement entre 10 000 et 14 000 personnes en vingt-quatre heures, en donnant la priorité aux publics vulnérables.
La situation actuelle dépasse largement ce seul volume. Elle confirme que les plans doivent être dimensionnés selon la population présente en été et régulièrement testés avec les communes, les transporteurs, les campings et les services de secours.
La France demande des moyens supplémentaires à l’Europe
Emmanuel Macron a annoncé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. La France doit recevoir deux Canadair croates, deux avions Air Tractor portugais ainsi que deux hélicoptères lourds Black Hawk venant de Tchéquie et de Slovaquie.
Ce mécanisme permet à un État confronté à une crise dépassant ses capacités immédiatement disponibles de demander l’aide des autres pays participants. Le centre européen de coordination recueille les offres, organise leur déploiement et peut mobiliser la réserve stratégique rescEU lorsque les contributions volontaires ne suffisent pas.
L’aide européenne ne signifie pas que la France ne dispose plus de moyens nationaux. Elle répond à la simultanéité des feux et à la nécessité de maintenir des appareils disponibles pour d’autres départements. Plusieurs pays peuvent être confrontés au même moment à des incendies majeurs, ce qui rend indispensable une organisation européenne capable de déplacer rapidement les moyens là où ils sont les plus utiles.
Une flotte nationale renforcée mais encore sous tension
La Sécurité civile française dispose de 23 avions, dont 12 Canadair, huit Dash et trois Beechcraft, ainsi que de 40 hélicoptères répartis sur 23 bases. Les Canadair peuvent se ravitailler rapidement sur un plan d’eau, tandis que les Dash disposent d’une capacité d’emport supérieure et peuvent également servir au transport.
Le gouvernement a commandé en juin deux Canadair supplémentaires pour près de 200 millions d’euros. Depuis 2022, l’État affirme avoir investi près de 300 millions d’euros dans les avions bombardiers d’eau et environ un demi-milliard dans le renouvellement des hélicoptères Dragon.
Ces commandes ne produisent cependant pas de capacité immédiate. La construction, la livraison, la formation des équipages et la maintenance prennent plusieurs années. Le Sénat avertissait encore fin 2025 que les objectifs officiels de disponibilité de la flotte paraissaient très optimistes au regard de son vieillissement et des immobilisations nécessaires à son entretien.
L’évaluation de la politique publique devra donc porter sur le nombre d’appareils réellement disponibles chaque jour, et non seulement sur la flotte théorique ou les commandes annoncées.
La prévention reste aussi une responsabilité individuelle
Les moyens aériens sont indispensables lorsqu’un feu devient incontrôlable. Ils ne remplacent pas la prévention. Le ministère de la Transition écologique rappelle que neuf feux sur dix sont d’origine humaine, qu’il s’agisse d’une imprudence, d’un accident ou d’un acte volontaire. L’origine précise des incendies actuels n’était pas établie au moment de cette rédaction.
Le débroussaillement réduit la quantité de végétation susceptible de transmettre les flammes aux habitations. Selon le gouvernement, 90 % des maisons sévèrement endommagées ou détruites lors des incendies de 2025 se trouvaient sur des terrains insuffisamment débroussaillés ou mal entretenus.
L’autorité publique doit contrôler les obligations, entretenir les accès, protéger les réseaux et organiser les évacuations. Les propriétaires doivent de leur côté entretenir les parcelles, respecter les interdictions et signaler immédiatement les départs de feu. La sécurité collective dépend des moyens de l’État, mais aussi du respect de règles élémentaires.
Le véritable bilan viendra après l’urgence
La priorité reste de protéger les personnes et de contenir les incendies. La surface parcourue, les bâtiments détruits et les conséquences économiques ne pourront être évalués qu’une fois la situation stabilisée.
La crise devra ensuite faire l’objet d’un retour d’expérience public. Il faudra mesurer les délais d’évacuation, la disponibilité des avions, la coordination entre départements, l’efficacité du plan maritime et le respect des obligations de débroussaillement.
La mobilisation européenne apporte une réponse nécessaire à une situation exceptionnelle. Elle ne dispense pas la France de disposer d’une sécurité civile robuste, capable d’anticiper des feux simultanés et de protéger des territoires dont la population peut être multipliée pendant l’été.
Sources
- Préfecture des Landes — Incendie à Biscarrosse, point de situation à 7 h — 24 juillet 2026 — landes.gouv.fr
- Préfecture de la Gironde — Plan d’évacuation de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret — mise à jour du 11 décembre 2025 — gironde.gouv.fr
- Ministère de l’Intérieur — Feux de forêt, mieux prévenir, mieux combattre et mieux reconstruire — 5 juin 2026 — interieur.gouv.fr
- Sécurité civile — Moyens aériens et terrestres — consultation du 24 juillet 2026 — securite-civile.interieur.gouv.fr
- Ministère de la Transition écologique — Prévention des feux de forêt — 10 juillet 2026 — ecologie.gouv.fr
- Commission européenne — Préparation européenne aux feux de forêt pour l’été 2026 — 2 juin 2026 — ec.europa.eu
- Sénat — Moyens de la sécurité civile dans le projet de loi de finances pour 2026 — 24 novembre 2025 — senat.fr
- Reuters — Évacuation totale du Cap-Ferret face aux incendies — 24 juillet 2026 — reuters.com